Autour Du Globe
mardi 6 mars 2012
Chroniques de là-bas
Publié par
Loïc
Du pétrole dans les idées
Il paraît que les prix actuels du pétrole ont atteint un tel niveau qu'exploiter les maigres gisements de Seine-et-Marne ne reviendrait plus si cher. A Long Beach en Californie, la question ne s'est jamais posée. Depuis les années 20 et la découverte d'or noir dans le sous-sol, ça pompe jusqu'à la moindre goutte. Les puits sont petits mais nombreux (environ 300) et partout, surtout du côté de Signal Hill qui, comme son nom l'indique, se trouve sur les hauteurs de la ville.
Ca surprend toujours un peu. Vous êtes au volant. Vous passez devant un centre commercial, un golf, un motel et puis soudain devant une de ces pompes qui monte et qui descend. Vous arrivez à la banque et là, juste à côté du parking, cette tête géante qui aspire les profondeurs de la terre. C'est Dallas, version light. La production dépasse le million de barils par an. 60 fois moins qu'à la grande époque.
Les réserves s'épuisent mais tant qu'il y a de la vie, y a de l'or noir...
mardi 28 février 2012
Chroniques de là-bas
Publié par
Loïc
Tapis rouge
Le nom est toujours là, en lettres d'or, le Kodak Theater. Sauf que chaque jour qui passe rapproche la firme de Rochester de la banqueroute, victime du numérique comme le sera peut-être un jour le cinéma. Plus d'argent pour les mondanités. Alors la 84e cérémonie des Oscars s'est officiellement tenu dans ce qu'il convient désormais d'appeler le Hollywood and Highland Center. Embouteillages de limousines hier sur les 300 mètres les plus célèbres de Los Angeles et embouteillages de journalistes sur le tapis rouge.
La retransmission a démarré 3 heures avant la cérémonie sur au moins 4 chaînes. Chaque chaîne en multiplex. Une équipe en zone mixte pour les interviews, une autre sur un balcon pour l'analyse et une dernière quelque part sur le tapis. 3 heures de défilés de haute couture à entendre "you look gorgeous", "who are you wearing?", "this dress is A-MA-ZING?"...Le cinéma n'a pas grand chose à voir là-dedans et heureusement. La plupart des reporters débiles n'ont pas vu les films en liste.
Et puis au milieu des cris de spectateurs, des flashes de photographes et des applaudissements, a surgi Sasha Baron Cohen. Déguisé en Dictateur, son prochain film, il s'est baladé avec deux bodyguards de charme. Habillé en John Galliano (aucun Américain n'a dû saisir la référence au couturier antisémite), il avait dans les mains une urne, contenant les cendres de son "ami et partenaire de double au tennis", Kim-Jong-Il. Cendres qu'il a renversées sur Ryan Seacrest, animateur énervant de la chaîne E!. La sécurité l'a dégagé du tapis rouge sans que l'on sache si c'était la suite de la blague ou pour de vrai. L'Académie interdit de se servir du tapis rouge pour se faire de la promo mais tout le monde balance interview après interview le nom de son couturier. Sasha Baron Cohen a donc gentiment piétiné l'hypocrisie ambiante. Merci à lui.
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mercredi 22 février 2012
Chroniques de là-bas
Publié par
Loïc
Melting-Scot
Ce week-end, la vieille anglaise échouée sur un quai de Californie a retrouvé de vieux amis. Au pied du Queen Mary paquebot devenu musée/hôtel/magasin/restaurant, la ville de Long Beach célèbre son 19e festival écossais (entrée payante, business oblige). L’un des multiples exemples de cette magnifique et unique énergie typiquement US. Ici, il se passe toujours quelque chose. Les porteurs de kilt déambulent, les joueurs de cornemuses s’essouflent et les lanceurs de poutres s’affrontent. 100% folklore ou presque. Un paquet des Ecossais présents ressemblent quand même vachement plus à des amateurs de tequilas qu’à des buveurs de whisky.
Me revient en mémoire la conversation d’un ami irlandais avec un Américain, accessoirement diplômé d’histoire. L’Américain : « d’où vient ton accent ? ». Mon ami : « d’Irlande ». L’Américain : « Ouh là là, tout ce que je sais de l’Irlande, je l’ai appris dans Braveheart ». Il est profondément perturbant de contstater l’écart entre la fascination sincère pour leur « legacy » (héritage du passé) et la cartepostalisation de consciences américaines, incapables de voir le monde autrement qu’à travers des clichés. Comment faire autrement ? Les Américains vivent loin et se désintéressent du reste du monde (les 3 premières destinations touristiques : Mexique, Canada et Porto Rico).
Mais ce « legacy » est fondateur pour une nation jeune, sans histoire affirmée alors on célèbre à tout va et le mot est servi à toutes les sauces. Génocide indien et escalavage mis à part, les Etats-Unis se sont construits sur l’immigration. Les WASP (d’abord les White Anglo-Saxon Protestants et puis plus largement les Blancs) sont en voie de disparition. Dans 40 ans, ils constitueront moins de la moitié de la population, dépassés par les Afro-Américains et l’immigration latino et asiatique. Contrairement à la France, le recensement par « race » (pas de mot ethnie ici) est légale. L’Amérique s’appuie sur ses communautés, plus ou moins larges. De Blanc à Latino mais aussi d’Ecossais à Mexicain. Elle les célèbre sans toujours savoir pourquoi si ce n’est qu’elles composent son identité.
Et c’est pas le Jordi écossais qui dira le contraire.
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mardi 14 février 2012
Chroniques de là-bas
Publié par
Loïc
Very fat trip
Ca n’a aucun
sens comme le nom de cette sortie sur la route de Las Vegas : Zzyzx Road.
On dirait une ligne de test chez l’ophtalmo. Ca n’a aucun sens comme traverser
le désert du Nevada, soit « couvert de neige » en Espagnol. A peine 3
millions d’habitants sur un territoire deux fois moins grand que la France. Ca n’a
aucun sens comme fumer à l’intérieur d’un casino dans un pays où une Marlboro Light
pose de problèmes qu’un 45 mm. Ca n’a aucun sens mais ça existe.
Les hôtels
de Las Vegas sont tellement immenses qu’il y a de la place pour des chambres,
des casinos, des salles de spectacles, des boutiques et des restaurants. Y
compris des buffets à volonté. Le cauchemar des nutritionnistes, la honte de l’Ocident.
30 euros, un petit bracelet et l’accès est illimité pour la journée. Les obèses
remplissent leurs assiettes. Les autres dégrafent le haut de leur jean en
culpabilisant sur le milliard de personnes affamées dans le monde. Le casino
est un étage en-dessous, histoire de plus y penser.
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mardi 7 février 2012
Chroniques de là-bas
Publié par
Loïc
SUPERBOWL XVLI
Ça se passe dans une rue tranquille, derrière une petite
barrière blanche qui ne protège de rien. Dans le jardin de cette maison sans
étage, l'Amérique a rendez-vous avec son événement préféré. Le buffet est prêt,
l'écran géant aussi. Les Budweiser light sont au frais dans la glacière. Les
invités, en tenue ou pas, ont pris place sous la tonnelle. Il est 18h30 sur la
côte Est, 15h30 de l'autre côté du pays. Le 46e Superbowl de l'histoire peut
commencer.
Depuis deux semaines, depuis que les Giants de
New York et les Patriots de New England se sont qualifiés pour la finale du
championnat de football américain, les télés enchaînent les pubs spéciales, les
commentateurs sportifs analysent des conférences de presse quotidiennes, les
collègues de bureau s'interrogent mutuellement sur leur projet de
"Superbowl weekend" comme ils le feraient pour le Réveillon. Une
effervescence comparable uniquement aux JO ou à une Coupe de Monde de football.
Mais tous les ans, le premier weekend de février.
Dans le stade couvert d'Indianapolis, New York
mène au score. Le jeu s'arrête encore. Une pause de plus pour balancer les pubs
qui financent les salaires délirants des sports américains (23 millions de
dollars pour le quarterback Peyton Manning, record) et pour laisser le temps
aux 63.000 spectateurs d'acheter des hot-dogs à 10 dollars. Il faut ce qu'il
faut. Spectaculaires, drôles, inventives, les pubs, souvent réalisées exprès
pour l'événement, font partie du show. 3 millions de dollars les 30 secondes.
111 millions de téléspectateurs d'un coup, ça se paye.
En France, les femmes gloseraient sur la
plastique de Tom Brady, le meneur de jeu de New England. Ici, elles commentent
sa performance, moyenne. Le sport fait partie de la culture générale. Malgré
tout, les Patriots mènent à la mi-temps. L'heure du traditionnel concert.
Madonna arrive sur la pelouse en mode Cléopâtre. Pour plaire aux jeunes, LMFAO,
Cee-lo, MIA et Nicki Minaj l'accompagnent. Ca envoie. Comme dit Nicolas,
"c'est autre chose que le challenge Orange".
Avec les pauses multiples, 30 minutes de jeu effectif prennent une heure et demi alors la nuit tombe sur Los Angeles. La deuxième mi-temps démarre enfin. Dans le jardin, la Budweiser fait effet. Les supporteurs et les parieurs crient de plus en plus fort. New England marque mais rate l'occasion de tuer le match. New York contrôle désormais l'horloge, ce délice du sport américain, machine à suspense. Les Giants repassent devant grâce la seule action spectaculaire de l'après-midi, une passe de 45 mètres. Tom Brady n'a plus que 57 secondes pour gagner un quatrième Superbowl et entrer dans l'histoire. L'Histoire attendra. New York l'emporte. Le jardin se vide. L'Amérique rentre chez elle.
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