"Le Monde est un livre et ceux qui ne voyagent pas n'en lisent qu'une page." Saint Augustin.

dimanche 25 septembre 2016

Malte moi ça !


Lorsqu’en 1096, les Turcs envahissent le Proche-Orient et interdisent l’accès de Jerusalem aux pélerins, le Pape Urbain II lance un appel à toute la chrétienté européenne pour partir en Croisade délivrer les Lieux Saints. Jerusalem est reprise en 1099 et un royaume franc s’établi mais le conflit ne cesse pas pour autant et ce ne seront pas moins de sept autres croisades qui seront conduites jusqu’en 1291, date à laquelle les derniers Chrétiens du royaume latin d’orient se feront chasser de Saint Jean d’Acre.

Pour pallier aux dangers du brigandage qui menace sans cesse les pélerins sur les routes, les moines présents en Terre Sainte s’arment et créent des ordres de moines-soldats. Les deux principaux ordres sont les Templiers (croix rouge sur tunique blanche) et les Hospitaliers (croix blanche sur tunique noire), moines à l’origine dévoués aux soins des pèlerins dans les hôpitaux.



Ces deux ordres vont vite se développer et s’enrichir par les dons des fidèles et des seigneurs chrétiens et devenir les défenseurs de la chrétienté en Orient, qui combattront les Sarrasins aux côtés des chevaliers d’Europe. En plus d’être chevaliers, ces ordres sont aussi banquiers des grandes fortunes et trésors d’Europe.

Lorsque les Turcs finissent par conquérir la dernière place forte du royaume chrétien au Levant, les Templiers quitteront la région pour rentrer dans leurs commanderies en Europe, principalement en France où leur puissance et leur richesse finira par menacer et inquiéter le Roi de France Philippe le Bel. Ce dernier décidera alors de la première grande opération de police de l'Histoire le vendredi 13 octobre 1307 pour arrêter simultanément (et envoyer au bûcher dans la foulée) tous les Templiers de France. Si le vendredi 13 porte malheur dans la croyance populaire, c’est à cause de cet évènement.

Les Hospitaliers connaitront un destin moins funeste. Chassés de Saint Jean d’Acre en 1291, ils s’installeront à Chypre d’où ils seront encore délogés par les Turcs en 1310 et s’établiront à Rhodes…pour en être de nouveau chassés en 1523.
En 1530 Charles Quint, leur attribuera l’île de Malte, leur conférant le rôle de défenseur de la chrétienté en avant-poste face à la menace musulmane grandissante en Méditerranée. Pour l’anecdote, le don de cette île se faisait en échange d’un tribut annuel que devaient verser les Chevaliers de Malte à l’empereur sous la forme d’un faucon dressé, le fameux faucon maltais.



L’Ordre va peu à peu se transformer en puissance maritime, les chevaliers devenant de véritables corsaires écumant la mer et pillant les navires arabes, au point de provoquer l’agacement de Soliman le Magnifique qui enverra sa flotte faire le Grand Siège de Malte en 1565. À 6000 contre 30000, les Chevaliers de Malte gagneront ce siège, ce qui aura un énorme retentissement en Europe et renforcera le prestige de l’Ordre. Lors de ce siège, le Grand Maitre Jean de la Valette se distinguera particulièrement. Il fera ensuite construire une ville qui deviendra la capitale de l’ìle et portera son nom : La Valette.

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L’Ordre perdurera jusqu’en 1798, date à laquelle le général Bonaparte en route pour la campagne d’Egypte les en expulsera, marquant la dislocation et la fin de son existence centenaire. Les Anglais feront de l’ile une colonie en 1815 jusqu’à son indépendance acquise en 1964.

Malte est donc intimement liée aux Chevaliers de Saint Jean de Jerusalem dont elle a partagé l’histoire pendant près de 300 ans mais ce serait oublier qu’elle est avant tout un carrefour entre l’Europe et l’Afrique du nord, à mi-chemin de l’Italie et de la Libye. Sa culture, sa gastronomie, sa langue sont un mélange d’« italien arabisé ». Ajouté à l’influence historique française et coloniale anglaise, vous avez là un mélange assez unique et improbable.

Ce pays insulaire de 450'000 habitants est en réalité un archipel de 3 îles allant de petite à très très petite, la plus grande faisant 25km de long pour 15 de large. C’est en gros la taille de l’Ile de Pâques.
On se dit que c’est petit et qu’on va faire le tour du pays en un quart d’heure mais finalement, ça apparait bien plus vaste qu’imaginé.
Le paysage sans gros relief s’étend à perte de vue, ponctué çà et là de petits villages d’où émergent des dômes d’églises.

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On a raison de louer une voiture pour se déplacer plus facilement sur l’île. La traversée nord-sud prends une bonne heure et compte tenu des routes sinueuses, de la conduite à l’arabo-italienne, des difficultés de s’habituer au volant à droite et de l’obstination de mon GPS à vouloir nous faire passer par des chemins de terre à travers champs, on a l’impression de bien plus.

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Enfin quand je dis champs, je devrais plutôt dire garrigue car c’est bien de cela qu’il s’agit : un paysage très aride et sec avec peu de végétation et beaucoup de poussière.

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La capitale compte 6000 habitants. C’en est presque risible mais heureusement elle sauve les meubles avec un charme rare pour un truc grand comme un village français ou un immeuble chinois. A commencer par un front de mer sympa.

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Construite sur un bras de terre et ceinte de murailles,

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elle est constituée de petites rues pavées en pente et larges d’une voiture à peine absolument charmantes en poussette.

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La principale caractéristique des habitations ici est de disposer de balcons très particuliers qui en font son signe distinctif fort.

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On y trouve aussi forcément le Palais des Grands Maitres, des musées d'armures, des églises et cathédrales, des cafés et des rues commerçantes. Rien que du classique, quoi.

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La vie nocturne, les restaurants et bars se trouvent surtout sur les villes d’en face, notamment Slieman, dont la traversée du bras de mer par ferry n’est pas sans rappeler Hong Kong.

L’Histoire de Malte ne commence pas avec les Hospitaliers, ni même avec les populations romaines ou carthaginoises. Elle commence il y a plus de 7000 ans avec les plus vieilles constructions mégalithiques du monde sur des sites tels que Hagar Qim, Mnijdra, Tixaeren ou encore Gigantija. Pour vous donner un ordre d’idée, construit en -5000 avant JC, c’est déjà 2500 ans avant les pyramides d’Egypte. Et en plus d’être toujours debout aujourd’hui, c’était surtout un énorme calendrier solaire qui indiquait les équinoxes par une disposition précise d’ouvertures dans les murs permettant le passage des rayons du soleil à des dates précises.

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Construire ça à l’époque, croyez-moi, c’est autre chose que de chasser des Pokémons.

Mais Malte, ce sont aussi des plages, comptant parmi les plus belles d’Europe.

L’endroit le plus remarquable étant le Blue Lagoon se trouvant sur l’île de Comino. Un décor de plage tropical à 2h de Paris.

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Maintenant, pour la vérité et l’envers du décors, il faut aussi voir ça : beaucoup de monde et pas de plage pour s'étendre. C'est moins sympa du coup.

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Ce n’est pas sans rappeler la plage de Maya Bay en Thailande qui voit chaque jour des centaines de bateaux de tour operator dégueuler leurs touristes et finir par gâcher l’endroit.

Les autres plages dignes d'intérêts se répartissent tout autour de l'ile, depuis Golden Bay et son accès toujours aussi facile en poussette,

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Paradise bay juste à côté du Popeye Village (qui n'a rien d'authentique, le village ayant été construit pour le film éponyme et transformé depuis en parc payant)

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ou encore l'assez mal-nommée Pretty Bay.

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Malte, c'est introuvable sur une carte si on ne sait pas où chercher mais c'est finalement plus dense qu'il n'y parait et clairement recommandé pour se dépayser à pas très loin.

samedi 5 mars 2016

Lego to Denmark!


Il suffit de jeter un oeil à une carte d'Europe pour comprendre que Copenhague n'est pas au top de sa forme fin février. Tivoli, le parc d'attractions construit au 19e siècle en plein centre-ville et qui a inspiré Walt Disney, n'ouvre pas avant avril par exemple. Les parents danois ont prévu le coup.


Mais parce qu'on a des beaux anoraks et que le prix du billet d'avion faisait pas flipper le banquier, on a choisi le Danemark comme nouveau territoire à explorer. 


L'architecture nordique, à cours de briques Lego, ne soignerait pas la dépression. Le ciel blanc n'aide pas non plus. Bien prise en main, la mairie a le potentiel pour faire pleurer les marmots.


Il faut bien avouer pourtant qu'on a vu bien pire qu'une promenade en centre-ville. Rues piétonnes, canaux, Théâtre Royal et autres monuments historiques. L'Iphone 6S ne reste pas souvent dans la poche du coup. 





L'objectif s'appelle "Nyhavn", une rue de maisons colorées le long d'un canal. L'équivalent d'une Tour Eiffel, d'un pont de Brooklyn ou d'une Copacabana. Le spot à cartes postales. C'est vrai que ce serait dommage de passer à côté. Certaines maisons datent quand même du 17e siècle. Les cafés à touristes ont nettement moins d'années au compteur. Ca reste un bon moyen d'observer tranquillement les nombreux bateaux en bois en stationnement.  


C'est de là que part une visite des canaux en bateau. 12 euros l'heure environ. Il semblerait qu'une société concurrente propose la même chose pour deux fois moins à 50 mètres. Ca nous a paru tellement gros qu'on n'y a pas cru. Le bateau a l'avantage d'éviter une longue marche jusqu'à la toute petite Sirène, l'autre icône de la ville. On a eu 22 secondes pour prendre la photo et franchement, on n'a pas eu besoin de plus. Il y aussi l'Opéra en mode Opéra Bastille, le côté au bord de l'eau en plus. On apprend aussi que le drapeau danois serait le plus vieux du monde tout comme la marine danoise. 



Parce qu'avec tout ça, il faut bien manger, on a fait dans le local. Le "Smorrebrod", tartines recouvertes de garnitures variées  comme du hareng, a beaucoup déçu au déjeuner. Le principal intérêt du restaurant en question était la référence aux Vikings, fierté nationale globalement sous-exploitée, y compris dans le musée national du Danemark (pas génial mais gratuit).


Le dîner a été beaucoup plus convaincant. Un coin à la bonne franquette avec des longues tables façon Oktober Fest et de la viande que le mec coupe à la main devant vous et dépose à même le plateau. C'est très gras donc très bon sauf le Cheddar Cheese Pork Rinds, à éviter absolument. De la graisse faite chips. Léger dans les doigts, lourd dans l'estomac. 



Comme rien ne nous arrête, on a continué vers l'Est pour finir en Suède. Malmö est à une demi-heure de train en empruntant le pont de l'Oresund, à condition de se souvenir que le contrôle aux frontières a été rétabli. La pluie et le vent ont accéléré la visite mais même avec une météo favorable, il n'y a pas de raison de s'éterniser chez les jaunes et bleus.






Copenhague n'a pas de musée Viking (pas trouvé en tout cas) mais pour lever le coude, ça se bouscule. Conséquence: le site historique de Carlsberg, le 4e plus gros brasseur du monde, se visite avec deux bières comprises dans le ticket d'entrée. 
On apprend un tas de choses sur Carlsberg: ça veut dire la montagne de Carl -le nom du fils du créateur de la marque-, le logo a un temps été une Swastika avant de bizarrement changer vers 39-45, 20000 bouteilles (pleines) du monde entier sont stockées sur place, ce qui en ferait la plus vaste collection sur Terre. Par contre, rien de concret sur comment faire une Carlsberg et j'en connais un que ça a agacé.





Copenhague, c'est un peu comme la bière en fait. A consommer avec modération.